Sahel : entre aboutissements et lancements

Sahel : entre aboutissements et lancements
Sahel : entre aboutissements et lancements
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© Studio Theyes

Jeune en formation qualifiante Maraichage

LuxDev accompagne le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso dans leurs efforts de développement depuis la fin des années 1980. Construits sur des partenariats durables fondés sur la confiance, l’engagement mutuel et le renforcement des systèmes nationaux, les programmes financés par la Coopération luxembourgeoise dans cette partie du Sahel ont atteint leur terme au 31 décembre 2025. Ils laissent derrière eux des résultats tangibles, témoignant d’une amélioration des conditions de vie des populations et d’une consolidation des capacités nationales dans des secteurs clés. Si les interventions du Luxembourg s’achèvent, d’autres débutent, portées par des financements européens et attestant la continuité de l’engagement de l’Agence dans la région.

  • 43,3 MEUR déboursés

    en 2025 au Sahel


  • 14 interventions

    en 2025 au Sahel


La santé, une porte d'entrée

C’est au Sénégal, en 1987, que le Luxembourg a initié sa coopération avec un pays du Sahel, en s’engageant dans la réhabilitation et l’extension de l’hôpital de Saint-Louis. Depuis lors, la santé est restée un secteur prioritaire, comme en témoigne la dernière intervention en date. 

Mis en oeuvre entre 2018 et 2025, le programme Santé et protection sociale a permis de consolider la chaîne de gestion des urgences. Grâce à des investissements structurants et à un accompagnement de proximité, près de 12 000 patients ont été régulés par le SAMU, tandis que des centres de réception et de régulation des appels ont été mis en place dans 4 régions stratégiques du pays. Les capacités hospitalières ont été renforcées par la réhabilitation et l’équipement de services d’urgence, de réanimation et de blocs opératoires, ainsi que par le déploiement de 22 ambulances médicalisées. 

Dans le même temps, les compétences de plus de 1 000 professionnels de santé ont été consolidées grâce à la mise en place d’un centre de formation en soins et gestes d’urgence par simulation, à l’élaboration et la diffusion de protocoles de soins d’urgence et à l’octroi quelque 140 bourses de formation. 

En parallèle, le programme a atteint des résultats tangibles dans la prévention et la prise en charge des maladies non transmissibles : la proportion de patients hypertendus dépistés est passée de 0,89 % à 2,04 %, tandis que des milliers de personnes ont été sensibilisées aux risques liés au diabète et aux cancers.

Enfin, sur le plan de la protection sociale, l’appui à la professionnalisation des mutuelles et à la mise en place d’unités départementales d’assurance maladie a permis d’améliorer les services offerts et l’accès financier aux soins. Le taux de pénétration des mutuelles a ainsi atteint 97,8 % (contre 73 % avant l’intervention) et la satisfaction des usagers à leur égard est passée de 68 % à 80 %.


Témoignage : une meilleure prise en charge des urgences

Le Dr Christophe KANFOM se souvient des limites auxquelles faisait face le centre de santé avant la construction et l’équipement d’une nouvelle unité d’accueil des urgences par le programme.

Nous avions une unité d’accueil des urgences très étroite, avec seulement trois à quatre lits, et sans oxygène mural. Pour de nombreux patients en état de choc ou en détresse respiratoire, la prise en charge était difficile et les évacuations vers l’hôpital régional étaient fréquentes. Aujourd’hui, grâce à l’oxygène mural, ces situations sont mieux gérées et les transferts de patients ont drastiquement diminué. Les populations se disent très satisfaites car les services sont accueillants et elles y trouvent tout ce dont elles ont besoin : un bon accueil, un cadre propre et un personnel qualifié.

Dr Christophe KANFOM

Médecin-chef du district sanitaire de Kaffrine


Fait marquant

Démarré en 2018 et doté d’une enveloppe de 82,7 millions EUR, le 4e Programme indicatif de coopération entre le Sénégal et le Luxembourg s’est clôturé fin 2025. Pour célébrer près de sept années de partenariat, plusieurs événements se sont succédé, à commencer par une série de visites de sites ayant bénéficié du soutien des programmes Santé et protection sociale et Formation professionnelle et technique et employabilité. Début décembre, le Centre régional de transfusion sanguine de Kaolack a été inauguré en présence de nombreuses personnalités. Quelques jours plus tard, l’exposition « Jaar-Jaar, les chemins du changement », des tables-rondes et un atelier-bilan ont permis de faire la synthèse des résultats atteints dans les neuf régions d’intervention.


Le renforcement des filières agricoles, une priorité régionale

Au Mali et au Burkina Faso, LuxDev est intervenue dans les secteurs de l’agriculture et de la sylviculture pour améliorer la sécurité alimentaire, préserver l’environnement et renforcer les économies locales. Dans un contexte socio-économique et sécuritaire complexe, ces interventions ont favorisé une gestion durable des territoires et une agriculture plus productive et inclusive, grâce à une approche combinant structuration des filières porteuses, formation et accès au financement. 

Des filières renforcées 

Au Mali, les exploitations agropastorales familiales ainsi que les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) bénéficiaires des programmes mis en oeuvre par l’Agence ont vu leur production augmenter. Ces résultats s’appuient sur un accompagnement de proximité, l’accès à des équipements modernes et la diffusion de bonnes pratiques et d’innovations techniques. 

Entre 2020 et 2025, les rendements de la pomme de terre sont passés de 18 t/ha à plus de 22 t/ha et la production laitière moyenne a plus que doublé. Ces progrès se traduisent directement en gains économiques pour les producteurs. Les revenus annuels des bénéficiaires ont ainsi augmenté de l’ordre de 42 % pour les producteurs laitiers et de plus de 300 % pour les producteurs de pommes de terre. 

Afin de faciliter l’accès au marché, des dispositifs d’accompagnement pour les producteurs locaux ont été mis en place, complétés par l’organisation d’événements d’affaires. Ces initiatives ont abouti à la signature de plus de 50 contrats dans les filières maraîchage, embouche, riz et sésame.

Former et financer pour favoriser l’insertion 

L’insertion des jeunes dans leur région d’origine constitue une priorité des interventions. Dans cette optique, un effort important a été consacré à la formation professionnelle et à l’accès au financement des jeunes maliens. 

À ce titre, 2 470 actifs (dont 52 % de jeunes femmes) ont été formés dans les filières lait local et pomme de terre, et 1 008 jeunes ont bénéficié d’un financement pour développer des initiatives privées. Par ailleurs, 27 projets innovants reposant sur des solutions technologiques et environnementales ont été financés à hauteur de 279 millions FCFA, permettant à leurs porteurs de s’insérer dans les filières d’opportunités agricoles.

Des ressources mieux préservées 

Au Burkina Faso, le programme d’appui à la gestion durable des ressources forestières, mis en oeuvre dans un contexte de vulnérabilité climatique et de dégradation accélérée des terres, a renforcé la gestion durable du territoire à travers l’élaboration de plusieurs plans d’aménagement et la sécurisation de 15 720 hectares. 

En 7 ans, la restauration de 4 420 hectares de terres dégradées, dont 2 301 en 2025, ainsi que l’aménagement de périmètres en bocage sahélien ont permis à 153 familles de s’installer et de régénérer la fertilité des sols. 

Le programme a également intégré l’éducation environnementale – moteur de changement des comportements – dans 58 écoles, formé 404 formateurs et contribué au renforcement des outils nationaux de gouvernance.


La formation professionnelle, gage de continuité

Au Sahel, la formation professionnelle constitue un levier essentiel d’inclusion et d’accès à l’emploi, en particulier pour les jeunes et les femmes. Cependant, les systèmes éducatifs peinent à répondre aux besoins économiques locaux, laissant de nombreux jeunes dépourvus de compétences adéquates, notamment dans les zones rurales. 

LuxDev intervient sur l’ensemble du continuum éducation-formation-emploi pour leur permettre de s’engager dans des activités productives stables et rémunératrices, participant au développement de l’économie locale. Les résultats obtenus ces dernières années témoignent de cette dynamique. 

L’accès à l’éducation, y compris dans les zones enclavées 

Les programmes mis en oeuvre dans la région ont tout d’abord facilité l’accès à l’éducation. Au Sénégal, durant le Programme indicatif de coopération IV, près de 15 000 jeunes ont bénéficié de formations qualifiantes dans des filières porteuses. Pour atteindre les publics les plus éloignés, neuf unités mobiles de formation – de véritables écoles sur roues – ont été déployées dans des zones enclavées. 

Au Burkina Faso, le programme d’appui au Plan sectoriel de l’éducation et de la formation, mis en oeuvre entre 2018 et 2025, a contribué à la continuité éducative dans des régions confrontées à l’insécurité. Rien qu'en 2025, 165 salles de classe ont été construites et équipées, 19 établissements temporaires d’accueil modernisés, et près de 2 millions de repas distribués, permettant d’améliorer les conditions d’apprentissage dans 267 écoles, au bénéfice de 320 000 élèves.

Orienter pour élargir les perspectives 

Déterminante pour l’avenir des jeunes, l’orientation a fait l’objet d’une attention particulière. Lancée en septembre 2025 au Sénégal, la campagne Yaay Choisir (« À toi de faire tes choix ») contribue à combattre les stéréotypes de genre en valorisant les filières scientifiques, industrielles et d’agri-élevage auprès des filles. Construite autour d’une docu-série pensée pour inspirer et sensibiliser, elle a touché plus de 12 millions de personnes.

Au Mali, plus de 6 400 jeunes ont bénéficié d’un accompagnement personnalisé pour définir un parcours en adéquation avec leurs compétences et les besoins du marché. 

Une offre adaptée aux besoins 

Dans le même temps, l’offre de formation a été profondément repensée pour mieux répondre aux réalités économiques. Au Sénégal, huit programmes ont été coconstruits avec des entreprises actives dans des secteurs porteurs (technologies de l’information et de la communication, agroalimentaire, bâtiment). Cette approche, centrée sur les compétences, a permis à quelque 4 300 jeunes d’acquérir des savoir-faire directement mobilisables. Près de 70 % d’entre eux ont pu s’insérer sur le marché du travail.

© Phototigui

L’entrepreneuriat encouragé

L'appui à l’autonomie économique vient compléter ce dispositif en donnant aux jeunes les moyens de créer leur propre activité. À travers les différentes interventions menées au Mali, plus de 3 000 personnes ont été formées à l’entrepreneuriat, la gestion et l’éducation financière, renforçant leur capacité à faire vivre leurs projets. Les résultats sont encourageants : près de trois quarts des bénéficiaires soutenus poursuivent leur activité six mois après son lancement, un indicateur fort de viabilité économique. Dans le même esprit, l’accompagnement de plus de 5 500 jeunes sénégalais, combiné à l’octroi de 874 prêts, a permis d’augmenter significativement le taux d’insertion à moyen terme, passant de 34 % à 53 % en 12 mois. 

Au-delà de leur impact sur les bénéficiaires directs, ces interventions ont contribué à une transformation durable des systèmes. En renforçant la gouvernance du secteur, les capacités des établissements de formation et les outils de pilotage, LuxDev a accompagné ses partenaires nationaux vers des dispositifs plus autonomes, mieux adaptés aux réalités locales et capables de s’inscrire dans la durée.


Des projets européens prennent le relais

Après 2025, c’est dans le secteur de la formation-insertion que LuxDev poursuivra ses interventions au Sahel. L’Agence capitalise déjà sur les acquis antérieurs à travers de nouvelles initiatives (co)financées par l’Union européenne.

Au Sénégal, l’Initiative FIT ! Sénégal bat son plein. Visant à valoriser la formation professionnelle, notamment dans les filières liées aux Jeux Olympiques de la Jeunesse qui se tiendront à Dakar en 2026, l’initiative a lancé le concours national des métiers TerangaSkills. À l’approche des Jeux, les épreuves régionales ont mobilisé plus de 25 000 spectateurs venus encourager 350 jeunes talents en compétition dans des disciplines comme la restauration, la couture, la transformation de produits agricoles, la plomberie, l’électricité, la menuiserie et l’ouvrage métallique. Cette immersion a contribué à changer le regard porté sur les filières techniques, désormais perçues comme valorisantes et porteuses d’opportunités.

Au Burkina Faso, le programme BenkadiBaara – Tous ensemble pour l’emploi des jeunes ! a pour objectif de favoriser le développement d’une économie verte génératrice d’emplois décents. En 2025, 132 projets de formation‑insertion ont été sélectionnés en faveur de 12 000 bénéficiaires, avec un accent sur les filières agro‑sylvo‑pastorales, agroalimentaire, énergies renouvelables, bâtiments et travaux publics / écoconstruction et mécanique. Lancé en 2024, le programme accompagne déjà 13 000 jeunes vers l’emploi.

Enfin, l’année 2025 a été marquée par le lancement du projet Formation professionnelle pour la jeunesse au Mali, ou Chifinw ka baarasira (« Le chemin des jeunes vers l’emploi »). Visant à améliorer l’employabilité et l’insertion dans les régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso et le district de Bamako, le projet adopte une approche fondée sur l’adéquation au marché du travail, l’implication du secteur privé et l’inclusion des publics vulnérables. En 2025, l’action s’est concentrée sur la réalisation de diagnostics territoriaux et sectoriels, l’identification de structures de formation et d’entreprises partenaires, la coconstruction des premiers dispositifs de formation-insertion et le lancement de parcours pilotes. Par ailleurs, 435 jeunes ont été sélectionnés pour intégrer, dès le premier trimestre 2026, des parcours de formation-insertion ciblant des filières vertes et verdissantes à fort potentiel (comme le photovoltaïque, la gomme arabique, la transformation agroalimentaire, la pisciculture et certains métiers du numérique).