Lyn VOEGELE, d’assistante technique junior à représentante régionale : « Donner en retour l’opportunité reçue »
Bénin, Niger, Togo 27.04.2026 LuxDev
Désormais représentante régionale pour le Bénin, le Niger et le Togo au sein de LuxDev, Lyn VOEGELE partage les souvenirs de son expérience d’assistante technique junior (ATJ) au Niger – un pays qu’elle a découvert en 2005 lors de sa participation au programme ATJ – ainsi que sa vision du rôle de tutrice.
Quel a été ton parcours universitaire ? Comment as-tu connu le programme ATJ ?
À mon époque, les études en développement ou en action humanitaire n’étaient pas encore proposées à l’université. J’ai donc entrepris des études de droit et, une fois diplômée, j’ai suivi le barreau au Luxembourg afin de devenir avocate.
Cependant, je me suis rapidement rendu compte que ce chemin n’était pas celui que je voulais emprunter. J’ai alors commencé à explorer d’autres perspectives professionnelles. Sans réellement savoir par où commencer, j’ai sollicité un rendez-vous auprès de plusieurs ministères, notamment auprès du ministère des Affaires étrangères et européennes, de la Défense, de la Coopération et du Commerce extérieur (MAE) afin de me renseigner sur la carrière diplomatique. C’est au MAE que l’on m’a parlé du programme ATJ et encouragée à envoyer ma candidature.
Après avoir travaillé pendant un an au sein d’un cabinet et m’être engagée dans la vie associative, j’ai finalement postulé et j’ai été retenue à mon grand plaisir. C’est ainsi que je suis partie à Dosso en 2005, pour une mission de deux ans, durant laquelle j’ai travaillé sur un projet de développement rural. Je faisais partie de la quatrième promotion d’ATJ. Grâce à ma formation juridique, mon profil correspondait particulièrement aux besoins du projet, notamment en matière d’enjeux fonciers.
Dans quel état d’esprit étais-tu à cette période ?
Avant d’arriver au Niger, que je ne connaissais pas encore, j’avais déjà eu l’occasion de visiter beaucoup de pays à travers le monde, dont quelques pays africains – le Mali, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Burkina Faso –, d’abord petite en famille, puis seule avec mon sac à dos.
Je ne me voyais pas construire ma vie au Luxembourg, dans un cabinet d’avocats. Je voulais autre chose. Partir et découvrir.
Lyn VOEGELE
J’aurais accepté de m’envoler pour n’importe quel pays : mon seul souhait, à l’époque, était de me réorienter au niveau professionnel. J’étais donc très enthousiaste à l’idée de partir au Niger. Pourtant, je me souviens avoir pleuré pendant tout le vol, réalisant ce que je laissais derrière moi et que ma vie allait complètement changer.
Quelles ont été tes premières impressions en arrivant au Niger ?
À mon arrivée, j’ai découvert Dosso, une petite ville à l’intérieur du pays sans grandes infrastructures ni confort particulier. Cela ne m’a pas dérangée. Mes expériences précédentes en Afrique m’avaient déjà familiarisée avec la chaleur, mais aussi avec la rudesse du quotidien, la saleté et la pauvreté visibles au bord des routes.
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Malgré un accueil très chaleureux de la part des Dossolais, je me rappelle m’être demandé comment j’allais trouver mes marques dans ce nouvel environnement, sans repères au début pour m’y retrouver. Et pourtant, trois mois après mon arrivée, j’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari. Durant les week-ends, nous partions à la découverte des différentes régions du pays.
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Les débuts d'internet
« Sans wifi ni internet, je me souviens avoir écrit de longues lettres et avoir lu énormément. Mon petit Nokia, malgré le coût exorbitant des appels, me permettait aussi d’appeler de temps en temps ma famille. Durant ma deuxième année d’ATJ, une connexion internet a été installée dans nos bureaux suite à la mise en réseau de la comptabilité et nous étions autorisés à utiliser internet pour des besoins privés à partir de 20h. Entre collègues, nous nous inscrivions sur une liste et tout le monde y avait accès à son tour. »
Quels souvenirs gardes-tu de ton expérience ATJ ?
Mon tuteur était une personne passionnée par son travail et il m’a transmis tout son savoir-faire. Dès le premier jour, il m’a associée à la gestion des activités et je l’ai accompagné partout. Mes tâches étaient diverses : réaliser les appels d’offres, calculer les budgets, animer les réunions, etc. Le projet étant axé sur le développement local, nous étions sur le terrain pratiquement tous les jours, notamment pour vérifier l’avancée de la construction des infrastructures ou pour échanger avec les autorités locales ou les agriculteurs. Cette proximité avec la population locale et les bénéficiaires était primordial et faisait partie du quotidien.
Je ne me suis pas ennuyée un seul jour à Dosso, au vu de la diversité des tâches et des rencontres.
Lyn VOEGELE
Aujourd’hui, les méthodes de travail ont évolué : nous passons davantage de temps derrière nos ordinateurs, en contact avec les ministères et partenaires, à des niveaux plus stratégiques qu’opérationnels.
En dehors de quelques épisodes de maladie je ne garde que de bons souvenirs de mon expérience en tant qu’ATJ.
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Quel a été ton parcours après ton expérience ATJ ?
Après deux années en tant qu’ATJ, suivies d’une troisième année durant laquelle j’ai continué à contribuer au projet auquel j’étais affectée, je suis rentrée en Europe pour reprendre une année d’études. J’ai ensuite travaillé pour la GIZ – l’agence allemande pour la Coopération au développement –, pour l’Union européenne et auprès de l’ambassade du Luxembourg à Ouagadougou.
Après quatre ans à l’Ambassade, je me suis toutefois rendu compte de ma préférence pour la gestion opérationnelle plus que pour la diplomatie. J’ai alors réintégré LuxDev. Après quatre ans passés à Bamako en tant que responsable d’antenne puis représentante résidente, je suis revenue au Niger en 2020. En raison du coup d’État survenu en août 2023, qui a profondément changé la trajectoire du pays et entraîné la suspension puis l’arrêt de la coopération bilatérale du Luxembourg au Niger, je suis ensuite arrivée au Bénin. J’ai géré les équipes et programmes du Niger à distance pendant une année, puis j’ai repris le poste de représentante régionale à Cotonou, avec couverture du Bénin, du Niger et du Togo.
Peux-tu nous parler de ton rôle de tutrice ?
J’ai toujours souhaité accueillir des ATJ au Mali, mais le contexte sécuritaire ne l’a malheureusement jamais permis. C’est important pour moi de donner en retour l’opportunité que j’ai reçue en 2005. En 2021, j’ai profité de la petite fenêtre d’opportunité d’accueillir un ATJ à Niamey pendant près d’un an, avant que la situation sécuritaire ne se dégrade à nouveau. Une fois en poste au Bénin, c’est donc tout naturellement que j’ai à nouveau demandé l’affectation d’un ATJ en 2025. Le hasard a fait que nous avons pu accueillir deux ATJ – ce qui représente deux fois plus d’opportunités de mettre le pied à l’étrier et deux fois plus de chances de faire naître des vocations auprès de jeunes motivés, qui deviendront peut être de futurs professionnels du domaine.
Ayant moi-même été ATJ, je pense pouvoir comprendre les besoins et parfois aussi les craintes d’un ATJ. Être à l’écoute est essentiel, tout comme savoir responsabiliser et, parfois, les pousser hors de leur zone de confort afin de leur permettre d’apprendre et de progresser. En tant que tuteur, il est également important d’avoir conscience du rôle de modèle que l’on peut représenter et de veiller aux messages que l’on transmet. À l’arrivée d’un ATJ, il faut adapter son accompagnement, en fonction de son caractère et de ses traits de personnalité. Il faut lui laisser le temps de découvrir le quotidien, le travail et le pays par lui-même, de se faire ses propres impressions, sans endosser un rôle trop protecteur. Je considère les ATJ comme des personnes adultes et responsables qui ont pris une décision consciente de s’engager sur le terrain, dans des contextes souvent très différents du Luxembourg.
Aujourd’hui, accompagner de nouveaux ATJ, c’est pour moi une manière de transmettre à mon tour cette expérience fondatrice.
Lyn VOEGELE
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