Maguette et Awa, des scientifiques en devenir soutenues par la Coopération luxembourgeoise
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Maguette et Awa, des scientifiques en devenir soutenues par la Coopération luxembourgeoise

Senegal 15.01.2026 Project

Maguette et Awa, des scientifiques en devenir soutenues par la Coopération luxembourgeoise
Maguette et Awa, des scientifiques en devenir soutenues par la Coopération luxembourgeoise
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13 décembre 2025, 9h55. Maguette et Awa atterrissent à l’aéroport du Findel. Elles posent le pied au Luxembourg pour la première fois avec, dans leurs bagages, ordinateurs et blocs-notes. Ces deux étudiantes sénégalaises inscrites à l’Université du Sine Saloum El-Hâdj Ibrahima NIASS de Kaolack s’apprêtent à participer au programme Artificial intelligence for Earth observation, une formation créée sur mesure par le Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST) en collaboration avec LuxDev pour renforcer leurs compétences en télédétection, en traitement d’images satellitaires et en application de l’intelligence artificielle (IA) dans la cartographie environnementale et urbaine. Une expérience unique rendue possible grâce au fonds d’études du 4e Programme indicatif de coopération (PIC IV) Sénégal-Luxembourg (2018–2025), illustrant le rôle de la coopération internationale dans le renforcement de trajectoires scientifiques prometteuses, au service du développement.


Deux regards tournés vers le ciel

Originaires de Dakar, Maguette TALL et Awa DIOP se passionnent très tôt pour le domaine du spatial. Une fois leur bac en poche, elles sont orientées vers l’Université du Sine Saloum El-Hâdj Ibrahima NIASS, où elles se lancent dans un cursus de géomatique (télédétection) et climatologie.

Aujourd’hui en deuxième année de master en géomatique, Maguette vient de terminer la rédaction de son mémoire qui analyse, à l’aide du machine learning, les dynamiques d’occupation du sol de certaines communes du Sénégal entre 2000 et 2030, tout en identifiant les zones à risque d’inondation. « J’ai créé mon propre code pour obtenir une carte d’occupation du sol renseignant non seulement les terres agricoles mais aussi le bâti. L’originalité de mon travail repose sur l’application de l’IA, mais surtout sur la prédiction pour les années futures. Cela n’a jamais été fait », explique-t-elle.

Awa, quant à elle, est en première année de master en géomatique. Elle s’apprête à rédiger les premières lignes d’un mémoire portant sur l’utilisation du machine learning dans la détection des mines d’or artisanales au sud du Sénégal, un enjeu à la fois environnemental, économique et social. « Ce qui m’intéresse, c’est de créer des modèles pour permettre la prédiction », précise-t-elle.

Majors de leur promotion respective, Maguette et Awa incarnent une future génération de scientifiques sénégalaises tournées vers les technologies de pointe. Sélectionnées sur base de critères d’excellence, elles se sont envolées pour le Luxembourg mi-décembre.


Une semaine d’immersion dans la recherche de pointe

En franchissant les portes du LIST, les deux étudiantes ont découvert d’autres manières d’aborder leur discipline. La formation, dispensée sur quatre jours, visait à leur fournir une compréhension approfondie des méthodes de machine learning et de deep learning appliquées aux données d’observation de la Terre (OT). Abordant des sujets aussi variés que l’imagerie radar et optique, les concepts fondamentaux du machine learning et du deep learning appliqués aux données OT, le concept de jumeau numérique de la Terre ou encore l’IA générative et les analyses prédictives, la formation a alterné sessions théoriques, travaux pratiques et échanges scientifiques avec les chercheurs.

« Le programme nous a familiarisées à de nouveaux modèles et cas d’usage. J’ai approfondi mes connaissances sur l’application de l’IA dans le domaine qui fait l’objet de mon mémoire. Par exemple, nous avons appris à distinguer non seulement les zones inondées, mais aussi la nature des espaces touchés (zones urbaines, agricoles, forêts, etc.). C’est une approche beaucoup plus fine qui va me permettre d’améliorer le code que j’ai créé. La formation m’aidera aussi à enrichir l’interprétation des résultats issus des modèles prédictifs et d’aligner mon travail avec des approches et standards scientifiques internationaux », indique Maguette.

Pour Awa, cette immersion a aussi été l’occasion de découvrir l’importance des technologies radar, largement utilisées au Luxembourg en raison de la couverture nuageuse, mais encore peu exploitées au Sénégal:

Cela m’a ouvert les yeux sur la nécessité de diversifier nos approches pour être capables de travailler dans différents contextes géographiques.

Awa DIOP, étudiante en première année de master en géomatique

Université du Sine Saloum El-Hâdj Ibrahima NIASS, Sénégal


Un tremplin pour l’avenir académique et professionnel

Au-delà des compétences techniques acquises, cette expérience a renforcé les ambitions des deux étudiantes. Awa compte bien explorer de nouvelles pistes dans le cadre son mémoire: « J’ai eu beaucoup d’idées. On nous a introduites à l’altimétrie, une technique à laquelle je n’avais pas pensé, mais qui pourrait m’être très utile dans la détection des mines artisanales. J’aspire aussi à travailler davantage avec l’IA. J’ai vu les recherches et les cartes affichées au LIST et cela m’a vraiment inspirée », raconte-t-elle.

Quant à Maguette, elle envisage désormais clairement un doctorat orienté vers l’IA appliquée à l’aménagement du territoire et à la gestion durable des risques climatiques comme les inondations. 

Je remercie la Coopération luxembourgeoise et le LIST de m’avoir offert l'opportunité non seulement de voyager pour la première fois, mais aussi de m’ouvrir à des techniques et des technologies que nous n’abordons pas dans notre cursus au Sénégal. Je rentre encore plus motivée à devenir chercheuse et à développer l’étude spatiale dans mon pays.

Maguette TALL, étudiante en deuxième année de master en géomatique

Université du Sine Saloum El-Hâdj Ibrahima NIASS, Sénégal

Au terme de leur formation, toutes deux soulignent l’importance des collaborations internationales, qui permettent de découvrir d’autres pratiques, d’autres méthodes de travail et d’élargir les horizons académiques. Elles adressent également un message fort aux jeunes filles sénégalaises: « osez vous engager dans les filières scientifiques et techniques, persévérez et continuez à apprendre, car le domaine du géospatial est en constante évolution ».


Une opportunité née de la coopération Sénégal-Luxembourg

Cette initiative a pu voir le jour grâce au fonds d’études du PIC IV Sénégal-Luxembourg, financé par le Grand-Duché de Luxembourg et destiné à soutenir des études et projets innovants en marge des secteurs prioritaires de la coopération que sont la formation professionnelle et technique et l’employabilité d’une part, et la santé et la protection sociale d’autre part.

Dans ce contexte, la Coopération luxembourgeoise avait déjà soutenu l’Agence sénégalaise d’études spatiales, notamment lors de la tournée de la Caravane de l’Espace organisée au printemps 2025. C’est à la suite de cette collaboration que l’idée de permettre à deux étudiants sénégalais d’accéder à une formation de haut niveau au Grand-Duché a émergé. La Summer School du LIST, initialement pressentie, n’ayant pu avoir lieu en 2025, les équipes de l’institut luxembourgeois ont proposé une alternative sur mesure: une semaine de formation intensive consacrée à l’IA appliquée à l’observation de la Terre, conçue et délivrée par le professeur Marco CHINI, PhD, chercheur au LIST, en collaboration avec d’autres experts de l’institut.